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07 août, 2012

Dites moi quelle langue vous parlez, je vous dirais qui vous êtes.

Je suis marocaine, chez moi on parle Darija, mais comme j'ai des origines Chleuh on parle berbère aussi.
A la maternelle j'ai appris mes premiers mots français, je disais goûter, puzzle, vélo et d'autres. Honnêtement, je préférais faire des dessins.
Plus tard j'ai appris à écrire et à lire français et arabe classique, c'était un peu compliqué. Mais j'étais trop jeune pour me plaindre.
Au collège, j'ai eu mes premières leçons d'anglais. J'ai fais l'incroyable découverte de  l'American Spirit et tout ce qui vient avec, de quoi faire rêver une classe d'adolescents du tiers monde.
Bientôt je parlais couramment toutes ces langues. J'étais fière.
Bien évidemment l'arabisation du système scolaire voulait qu'à ce stade, je prenne tous mes cours en arabe classique; maths, physique et biologie compris. C'était pas évident.
A l'université ils ont changé d'avis, ils me veulent un enseignement français de haut niveau (parce que l'Arabe ça le fait pas apparemment) . J'ai un peu galéré.
Ils ont aussi jugé bon de me donner des cours d'initiation en espagnol et en allemand. Ça ne m'a pas plu.
Je ne savais plus qui j'étais, si j'étais marocaine tout court ou si mon identité berbère  me différenciait des autres. Je ne savais pas si l'arabe classique était ma langue vu que j'étais musulmane ou s'il valait mieux l'abandonner, avouons le, son côté l'empêchait d'évoluer. Je ne savais pas si je vivais toujours sous un protectorat (fictif?) français ou, si j'étais victime d'une mondialisation qui bafouait ma culture et prônait une autre, américaine, totalement étrangère et illusoire. Je ne reconnaissais plus ma langue.
Je lisais des écrivains marocains d'expression française, et je lisais d'autres en arabe et je leur trouvais à tous  un aspect indiscret; ils étaient étrangers aux mots qu'ils utilisaient, mal à l'aise et à l'étroit.
Je ne demande pas grand chose, je veux seulement que l'on cesse de jouer les schizophrènes, je ne demanderai pas pourquoi l'Amazigh est désormais inclus dans nos programmes scolaires, ni pourquoi la Darija n'est pas une langue officielle du pays. Je veux seulement que l'on me rende ma langue quelle qu'elle soit.

13 juillet, 2012

Vous êtes ce que vous décidez d'être

"-C'est une fille droite, de bonne famille et elle a un bon travail, dommage qu'elle ne soit pas voilée."

Ce genre de propos m'as toujours laissée perplexe, c'était comme si le Hijab était de nos jours un gage de pureté et de bonne éducation chez la fille.
Cacher ma chevelure, couvrir mon corps, baisser les yeux lorsqu'on m'adresse la parole, tout un protocole pour décrocher le gros lot, le prince charmant, "n9ra fine ayghber n7ass" "la pièce d'argent qui cachera ton bronze". Mais pourquoi donc nier mon identité, refouler mon émancipation pour plaire à une société jalouse et hypocrite, pourquoi devrais-je participer à ce mensonge énorme qui me condamne et condamne ma société, l'emprisonne dans la rétrograde irréfléchie et le conservatisme aveugle.


Mademoiselle, votre corps vous appartient et VOUS décidez de le couvrir ou pas, mais rappelez vous qu'il est là pour vous faire vivre, votre chair, vos veines tout en vous vit; vous avez des yeux, ils sont beaux avec du khôl, ne les cachez pas, ne les baissez pas, ils s'expriment pour vous et ce n'est pas mauvais , vous avez une bouche et vous pouvez parler, vous pouvez dire des conneries on ne vous en voudra pas, parce que, au moins on peut vous entendre. Vous êtes votre corps et ce qu'il en sort, vous êtes ces petits talons que vous osez un jour ou l'autre  et que pourtant vous savez que le soir, vous aurez des pieds meurtris, vous êtes ce petit chignon  mal en point que vous adoptez un matin où vous êtes trop pressée, vous êtes ces bracelets qui tintent et qui sont un peu trop grands pour vos bras frêles, vous êtes ce régime qui vous tue mais qui vous fais sentir bien devant un miroir, vous êtes tous ces petits détails qui vous font plaisir, vous êtes ce que vous décidez d'être.
Ne vous pliez pas alors à des préceptes, juste parce que c'est ainsi, parce que autrement ça aurait été impossible. Prenez la peine d'être forte, au moins lorsqu'il s'agit de VOUS, prenez la peine de penser, de dire non si vous pensez non, oui si vous pensez oui. Prenez la peine d'être vous, de prouver que vous êtes celle que vous avez décidé d'être et non pas celle qu'ils veulent.