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03 juillet, 2012

Les incroyables galères de la Famille: Les vacances d'été

Les vacances d'été, le moment de l'année préféré de nous tous : soleil, voyage, baignades et surtout du repos. Pourtant on s'aperçoit vite que ce n'est pas uniquement une partie de plaisir, et quand il s'agit de voyager on se rend vite compte qu'il est parfois très difficile de satisfaire tout le monde.
Notre bonne Famille ne fait pas exception, à quelques jours du grand départ, on est encore indécis quant à la destination, chacun veut faire valoir son propre avis et naturellement n'en n'a rien à faire des idées des autres.

Junior a attendu im-pa-tie-mment ses onze ans pour pouvoir aller en Colonie. Depuis le temps qu'il rêve de jouer au petit explorateur de la montagne (il a acheté tout le kit); mais aussi parce que Nada, sa jolie petite camarde de classe, y va cette année.
Ado lui, refuse obstinément de traîner les parents derrière son dos, il estime qu'à son âge les vacances c'est avec les copains qu'ils faut les passser, ils comptent camper au sud du pays, surfer sur les vagues de l'atlantique, allumer un feu de camp le soir et jouer de la guitare (des trucs cool disait-il).
Maman ne s'est pas encore décidée mais elle n'est pas très sûre que Bébé puisse supporter un long voyage.
Alors que Papa, qui a fait un long (très très long) discours sur l'importance des vacances pour lui, parce qu'il passe les onze autres mois de l'année à travailler ardemment pour leur garantir à tous de quoi manger, qu'il rentre tard le soir et souvent ce n'est pas très calme à la maison, et que des fois, il a vraiment besoin de repos lui aussi. Il croit toutefois en l'importance des moments passés en famille, et comment il devraient profiter de ces vacances pour mieux se rapprocher les uns des autres. Voilà pourquoi il suggère (très démocratique) de se rendre à Bouznika, lieu de la résidence de vacances des Grand-parents.

Finalement, c'est papa qui décide (sérieusement, cela étonne-t-il quelqu'un ?), donc tout le monde se retrouve dans la voiture, valises et bouées dans le coffre.
L'humeur à l'intérieur n'était pas vraiment des meilleures.
Ado faisait la tête à l'arrière, écouteurs bien enfoncés, il trouvait scandaleux que les parents se permettent encore de prendre des décisions pour lui.
Junior, ne disait pas grand chose parce que de toute façon ça l'arrange de retrouver ses petits cousins et en y songeant, il se rappelait aimer le jardin de Bouznika.
Au volant, Papa jubilait à l'idée de vacances gratuites et relaxantes, à côté de lui, Maman semblait sereine, du moins pendant la sieste de Bébé.
L'arrivée fut quelque peu agitée, Junior sautait et criait avec entrain en embrassant tout le monde, Bébé n'a pas vraiment apprécié qu'on l'arrache à son siège-auto, ses cris couvrirent l'enthousiasme de Junior, et Maman ne réussissait pas vraiment à le calmer et ne savait plus où donner de la tête. Lhajj essaya d'aider en prenant Bébé dans ses bras ce dernier lui mordit la joue droite et lui arracha une horrible plainte, Maman récupéra sa progéniture sauvage, se lança dans des excuses auprès de Lhajj, qui préféra les abandonner tous pour une sieste. 
Ado menait un combat à main nues contre Lhajja, sa grand-mère qui le couvrait de Bisous, elle s'indigna longtemps sur sa santé, lui recommandant de manger plus de tagines et d'abandonner  les fast-food. Papa se retrouva donc seul à traîner les valises à l'intérieur de la maison 
La villa quoique qu'elle soit assez grande, on a l'impression qu'on sera bien à l'étroit à l'intérieur: les enfants ne se contentent plus du jardin pour jouer alors ils courent partout dans la maison,  jouent avec l'eau du robinet, poussent des cris de Sioux en dévalant les escaliers, laissent des traces de terres et de boues partout, salissent leurs vêtements pour en changer deux fois par jours et refusent, par dessus tout, de ranger leurs affaires.
Ado retrouve deux autres cousins qui sont du même âge que lui alors ça va, ils forment un petit clan aux activités douteuses, ils passent des heures à glander, fulminant et se moquant des cadets. le reste du temps ils s'enferment dans une chambre à l'étage, on les soupçonne sérieusement de parler acné et problèmes de peaux.
Maman passe la majorité de son temps à changer les couches de bébé, le doucher, le peigner, puis le rechanger. Quand bébé dort (enfin) elle bavarde un peu avec sa belle-sœur. Elles parlent de caftans, de service de thé ou des recettes de Choumicha.
Elle grimace devant les tajines de grand-mère (beaucoup de lipides tout ça), se charge de préparer des sandwichs pour les enfants et n'aime surtout pas qu'on réprimande ses enfants à elle.
Papa, lui, est aux anges: il a retrouvé ses frères et ses parents. Lui, il passe son temps à lire le journal, bricoler dans le garage puis à discuter de ce qu'il a lu dans le journal de ce matin avec ses frères et beaux-frères: ils parlent de choses très ennuyeuses; il s'agit surtout de guerres, des prix du baril de pétrole qui flambent et de voitures de luxe.
Junior est souvent content aussi, du moment que tout va bien avec ses cousins, qu'on ne lui casse pas ses jouets ou qu'il ne s'est pas foulé la jambe en faisant des galipettes.
Bébé, lui, ne dit rien du moment qu'il reçoit ses biberons, sa compote de poire et ses deux yaourts par jour.


Bonne vacances 

24 février, 2012

Les incroyables galères de la Famille: La journée de Papa

C'est week-end, c'est recyclage. Un vieux article de ma petite chronique qui n'a jamais été publié ici ...


18h45
Papa rentre à la maison après une longue journée hyper chargée.
Une journée durant laquelle il a dû faire des calculs incroyables, et Dieu sait à quel point il hait les calculs, signer des papiers sans grande importance, lire des rapports encore moins importants, assister à des réunions ennuyeuses, répondre à des mails poliment et discuter avec ses collègues autour de la machine à café. 
Et puis le soir, quand il pourra enfin rentrer chez lui, quand la BMW série 5, d'un beau noir métallisé intérieur en cuir du patron, aura quittée le parking, il pourra lui aussi balancer toute cette merde et rentrer.
Pourtant ce n'est en aucun cas la fin des tensions que subit Papa, parce que déjà, rien que de réussir à faire le trajet sans succomber à une crise de nerfs, est considéré comme un exploit héroïque.

Sur le chemin donc, Papa manque de renverser un groupe de vieilles femmes qui viennent de quitter l'établissement de lutte contre l'analphabétisme du coin, où surement on a dû oublier de leur apprendre la flagrante différence entre un trottoir, normalement conçus pour des piétons et une route goudronnée où circulent, en toute logique, des voitures.
Il a dû aussi mettre en pratique ses plus grandes prouesses de conducteur habile et expérimenté Casablancais (j'insiste)  pour ne pas écraser un petit voyou distrait en vélo.
Il a dû attendre un peu plus d'un quart d'heure pour passer au feu rouge, puis au feu suivant, et puis au suivant.
Il s'est longtemps injurié avec un chauffeur/chauffard de taxi parce qu'il n'a pas respecté un stop, avec un monsieur en voiture rien que parce qu'il avait une tronche qui lui rappelait beaucoup trop celle de son patron. 
Et il a fait un geste obscène de la main ponctué d'un rire tout aussi vulgaire, à un chauffeur de bus qu'il avait dédoublé. 

Finalement c'est la délivrance, il arrive sain et sauf, chez lui, tel un Ulysse des temps moderne.
Il prend un cachet d'aspirine (beaucoup moins héroïque), desserre sa cravate, enlève ses chaussures et se laisse tomber lourdement devant la télé, sa meilleure amie pour le moment.

Et là il se dit qu'il est heureux ..

29 juillet, 2010

Les incroyables galères de la Famille: Le fiancé

DRIIING...DRIIING!!!


-Tilifouuuune !

De devant sa télé, Papa crie, alors qu'il aurait pu tendre la main pour déccrocher.
Le bruit des pas de quelqu'un qui cours un peu maladroitement, se cogne légèrement contre un petit vase le rattrape, puis se jette sur le combiné tel un lion sur sa proie.

-Allooo! fit Junior.

-Allo?? Mais c'est mon petit chéri qui manque tant à sa grand-mèèèère! Comment vas-tu mon chou? Tu fais bien tes devoirs chaque soir? Tu manges bien? Comment ça tu manges à la cantine? ta fainéante de mère n'est même pas capable de te préparer à manger?  Passe la moi mon chéri j'ai à lui parler.
Junior dépose le combiné puis de toutes la force de ses poumons, il crie:

-Mmaaaaaaaaan !

Papa, déconcentré de son match lui jette un regard noir avant de protester: "Qu'est ce qui te prend de crier comme ça ? Et puis c'est qui déjà au téléphone ?

-C'est Mamie.

Maman s'empare du téléphone: "Allô? Oui Lhajja... Labass (ça va bien). et toi? Et Lhaj? Il va bien? Que dis-tu? ah, il suit un régime...oui, je vois, Non bien sûr... Ah, elle t'as appelée, tant mieux alors, oui, oui je comprend que vous étiez inquiète, Qui ça? Aziza? Cela fait longtemps que je n'ai pas eu de ses nouvelles. Non ... vraiment... oui.. je tâcherai de le lui dire. Et Souad alors? Ah elle a eu le...? Aha... oui..oui..bien sûr. Nooon...! Soukaina? La fille de la voisine à Houda yak ? Je n'y crois pas! Comment ça son mari lui a offert une nouvelle voiture?
Le mien est un bon à rien, désolée Lhajja mais ton fils ne fait que dormir, manger et fulminer à longueur de journée (coup d'oeil très significatif en direction du dit fils) Non, voyons ne t'inquiète pas.. non, non je n'en parlerai pas.. pas un seul mot... mais oui !
La discussion s'étala ainsi, après Aziza et Soukaina ce fut le tour de Kenza qui a accouchée d'un garçon, mais le meskine, il a le nez de travers (selon Lhajja toujours), ensuite celui de Allal l'épicier qui a eu le malheur de vendre à Lhajja des conserves presque périmées, puis Faiza, Zineb et enfin Omar mais Maman ne capta de leurs tracas que quelques bribes incohérentes. Il fallut une demi-heure à Lhajja pour entrer dans le vif du sujet, c'est à dire la raison précise de son appel:

-J'allais presque oublier (mon œil oui !) : demain vous déjeunerez chez nous d'accord ? Il y aura le futur mari de fille-chérie (la cadette de Lhajja et la belle soeur de Maman par la même occasion), c'est pour faire connaissance avec la famille tu vois? Espérons que celui-là sera le bon.
Bon soyez là demain à midi pile et ammenez les enfants, et aussi le service à thé en porcelaine, celui que je vous ai donnée comme cadeau de mariage tu te rappelles?

Puis ce fut de nouveau une série de formules de politesses interminables avant que Maman ne puisse enfin raccrocher.
-c'est pas trop tôt? le match est fini et j'ai raté tous les buts. de quoi il s'agissait ?
-Fille-chérie amène son copain à la maison, j'imagine que les fiançailles seront pour bientôt, il veulent rencontrer le futur époux.
-C'est qui celui-là encore?
-Tu le connais bien, celui qui ressemble vaguement à un Mohammed Eljem sans moustache avec le nez de Sarko.

Ils gloussèrent tous les deux.
-Ah, oui, je vois. dit Papa dans une tentative inutile d'échapper à l'image du futur prétendant. Mais alors dans ce cas c'est sérieux?
Maman se contenta de hausser les épaules, l'air de dire "tu connais ta soeur..." avant de quitter la pièce.
Papa un peu sceptique, préféra se concentrer de nouveau sur son téléviseur.

___________________________

-Maaaamiiie !

Junior se jeta dans les bras de sa grand-mère, elle l'enlaça puis lui jeta un regard de reproche: qu'est ce qu'on avait dit petit-bout d'chou?? je suis ta Lalla, et plus jamais de ces expressions de colons que l'on t'apprend à l'école!

- Oui mamie, heu... Lalla !

L'intérieur de la maison ressemblait à un cirque, même le clown était là: Tonton avait mis sur sa tête le slip du petit-cousin et faisait des grimaces incroyables, la meilleure était celle où il faisait frémir sa moustache courte en plissant le nez et et en louchant des yeux, les gamins qui assistaient au spectacle se tordaient de rire.
Le salon était plus ou moins silencieux avec Lhajj allongé le long du seddari (un canapé si vous préférez version marocaine) de temps en temps il lançait un petit grognement accompagné d'un regard peu amène en direction de ses petits-fils; mais vous imaginez bien si les enfants allaient faire moins de bruit pour autant!

Bientôt toute la famille fut rassemblé autour de la table même fille-chérie était là, rayonnante dans sa jolie robe d'été fleurie (Oui mais pas tant que ça pensa Maman) son jeune ami très anxieux, ne cessait de s'éponger le front et de tirer sur sa cravate (d'accord il faisait chaud), il ne mangeait pas assez non plus, malgré les invitations insistantes de Lhajja "Kouul a weldi kouuul, daba yebred lik!" (mange mon fils, mange, ça va refroidir)
Le pauvre ! il devait se sentir incroyablement gêné assis au centre d'une famille aussi excentrique et bruyante qui le soumettait aux rayons X. Il regardait le poulet farci au citron confit posé juste devant lui, une nausée s'emparait de lui.
A partir de ce moment là, il aurait été absolument impossible de suivre les évènement qui succédèrent,  tout ce qui a pu être noté c'est que le jeune homme se releva rapidement s'empressa de quitter la table sous l'œil désapprobateur des autres assistants.
Dans sa hâte de gagner les toilettes il trébucha sur un vase chinois posé à même le sol dans le hall.

Un bruit de porcelaine brisée arracha une horrible plainte à Lhajja, ( Allah Allah, mon vase ! ) qui la main sur le cœur s'empressa d'évaluer les dégâts, le malheureux se lança dans une séries d'excuses pour la plupart incompréhensibles.

Bientôt toute la famille fut là, Lhajj et Tonton essayant de réconforter Lhajja au sujet du défunt vase chinois, fille-chérie choquée se contentait de les regarder chacun à leur tour: Lhajja, le vase et son Chuck Norris.

Celui ci ne tarda à ressentir sa nausée le reprendre, d'un mouvement maladroit il essaya de regagner la salle de bain, trébucha sur ses propres jambes puis se releva tant bien que mal la main toujours sur la bouche, il regarda à droite et à gauche, se rendit compte qu'il ne savait pas où étaient les toilettes, et tous ces visages qui le regardaient étrangement le firent sentir encore plus mal, fille-chérie finit par intervenir, le pris par le bras et le traîna vers les W.C.

Le spectacle aurait pu parraître drôle, mais personne n'osait vraiment rire sauf peut-être Tonton qui laissait échapper de temps en temps de petits hoquets.

Une demie-heure plus tard, le maladif s'empressait de quitter la maison, au pas de course, les appels de fille-chérie n'y faisant rien.

-Laisse, laisse ma chérie,lui conseilla Lhajja, après tout il n'est ni le premier ni le dernier à s'enfuir tu te rappelles de celui qui sorti avec une chaussure de moins ? Cendrillon ou safi !

-Moi je dis toujours que c'est la cuisine de Lhajja qui les fais fuir! (chuchota Tonton en douce à Papa)

-Ou ta moustache, va savoir, lui répondit Papa.

07 décembre, 2008

Les incroyables galères de la Famille : L'Aïd


Plus que quelques jours avant l'Aïd, l'incontournable fête du mouton, notre Famille qui s'est habitué aux galères voit approcher ces festivités avec inquiètude : surtout Papa...


Heureusement qu'il a épousé une femme qui n'aime pas trop le gras sinon elle aurait pu exigé un gros mouton comme celui du voisin, M. Karim. Mais il s'est avéré que madame n'aime pas vraiment cette fête, figurez vous qu'elle est très sensible à la vue du sang.

Pourtant, si satisfaire Maman en achetant un petit mouton à été presque chose facile, il n'en est pas de même quant à Junior, le gamin pense que plus le mouton est gros plus il est monstrueux et plus il est amusant (ce sont ces propres mots ).
Ado qui est contre la maltraitance des animaux, et contre les boucheries de l'Aïd, n'adresse plus la parole à son "bourreau" de père, ce qui laisse ce dernier dans le doute d'avoir satisfait tout le monde.


Le jour J arrive enfin. Un petit pick up s'arrête devant la maison, un homme en djellaba, qui dégageait de subtiles senteurs, un mélange de sueur, de bétail et de cigarettes; descend et aide Papa à monter la bête. Le spectacle était digne d'un vrai combat de catch, papa en est sortit vainqueur les muscles de son corps en compote certes mais au moins le mouton était bien attaché, et le fellah payé, reprit son volant et démarra dans un nuage de fumée

Junior et Bébé très curieux, vont regarder la malheureuse bête. Pendant quelques longues minutes ils attendirent une manifestation, mais rien.  Trouvant le mouton très ennuyeux Junior décide de prendre les choses en main, il se mit à lui faire des grimaces, lui lancer des pinces à linges, et à simuler un une corrida passionnante, au plus grand plaisir de son audience, Bébé.
La pauvre bête qui certainement ne voulait que jouir tranquillement de ses derniers moments sur terre, se trouva très exaspérée, elle se réfugia dans un coin, leur tourna le dos et les ignora.
Maman finit par récupérer les chenapans, les envoya se laver, demain sera un grand jour.

Dès que la sale besogne sera accomplie, ils mangeront tous un bon plat de couscous puis s'habilleront neufs pour aller voir la belle-famille, les cousins et les cousines, s'échanger les voeux et les félicitations, tant d'amour autour de tant de nourriture ..